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2026-04-30 21:15:27 UTC

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ERAMET : Macron va-t-il aussi laisser filer le nickel français ?

Eramet fait face à une recapitalisation de 500 millions d'euros après une perte nette de 477 millions d'euros en 2025. Son actionnaire de référence, la famille Duval, qui détient 37 % du capital, semble ne plus être en mesure de suivre l'opération — c'est du moins notre analyse — et prépare sa sortie en mandatant Lazard pour examiner ses options. À la veille d'une assemblée générale appelée à valider cette séquence, une seule question devrait dominer le débat public : qui prendra le contrôle de ce groupe central dans l'approvisionnement français en métaux critiques ?



Cette question dépasse de très loin le cadre d'une opération financière classique. C'est une affaire politique. Les activités d'Eramet dans le manganèse, le nickel et désormais le lithium s'inscrivent au cœur des chaînes de valeur stratégiques de notre industrie. Les aciers spéciaux, l'aéronautique et la défense irriguent directement des groupes comme Dassault Aviation et Safran. Or, ces filières reposent désormais sur des approvisionnements dont la maîtrise échappe largement à la France. La Chine occupe une position dominante dans plusieurs segments industriels et commerciaux des métaux critiques.

Pour le nickel, l'Europe dépend d'importations venues d'Indonésie, des Philippines et de Russie, dont le nickel n'a jamais été sanctionné et continue d'arriver à Rotterdam avant de circuler librement en Europe. Dans le même temps, la production française en Nouvelle-Calédonie — précisément opérée par Eramet — a été réduite à presque rien, alors même que le territoire détient 26 % du nickel latéritique mondial, et que ses minerais latéritiques sont associés au cobalt, ce qui en renforce la valeur stratégique.

À cette heure, les prises de position récentes des dirigeants européens prennent une résonance particulière. Le CRMA, le règlement européen sur les matières premières critiques, esquisse un début de prise de conscience : après avoir organisé, avec le Green Deal, une dépendance accélérée aux métaux nécessaires à ses propres injonctions industrielles, la Commission rétropédale et découvre tardivement que l'accès aux ressources conditionne toute souveraineté réelle. Ursula von der Leyen reconnaît désormais que l'Europe a commis une erreur stratégique en négligeant certaines capacités industrielles essentielles. Emmanuel Macron, de son côté, appelle — quelle ironie — à mobiliser les investissements publics et privés afin de garantir l'autonomie stratégique des 27. Ces orientations rejoignent, sous un angle plus offensif, l'analyse de Marine Le Pen, qui décrit une dépendance critique au nickel asiatique et appelle explicitement à se tourner vers la Nouvelle-Calédonie (Le Figaro Vox, 28 avril 2026).

« Le seul réservoir majeur et sécurisé auquel l'Europe peut faire appel, c'est celui de la Nouvelle-Calédonie, qui possède 26 % du nickel latéritique du monde. »

Or c'est précisément sur ce terrain qu'Eramet révèle une dissonance politique majeure. Alors même que le groupe incarne concrètement ces enjeux de souveraineté, aucune doctrine claire n'a jamais été exprimée sur son avenir capitalistique hautement sensible. L'État français, au capital à 27 %, dispose pourtant des instruments pour agir : l'Agence des participations de l'État, qui gère directement cette participation, et Bpifrance, précisément conçue pour intervenir sur des dossiers d'intérêt stratégique. Ni l'une ni l'autre n'ont formulé de position publique sur un éventuel renforcement de la participation de l'État, sur l'entrée d'un partenaire industriel français ou européen, ni surtout sur les lignes rouges qu'elles entendent opposer à l'entrée éventuelle d'un acteur étranger. Ce silence des instruments mêmes de la souveraineté économique française est en lui-même un aveu.
Dans un dossier aussi stratégique, laisser la situation se dénouer sans cadrage revient à ouvrir la porte à une dépossession dont la France connaît déjà le goût : c'est exactement le scénario vécu avec Alstom, bradé à General Electric en 2015 sous le regard passif de l'État, et dont les conséquences industrielles et souveraines se font encore sentir aujourd'hui.

Le choix de Lazard indique l'ouverture d'un processus structuré, potentiellement international, susceptible de faire sortir cet actif de la main française. À l'approche de l'assemblée générale de fin mai — dans quelques semaines à peine — l'enjeu dépasse donc la recapitalisation d'un groupe en difficulté : il engage le contrôle futur d'un maillon essentiel de la souveraineté française.
Dès lors, l'absence de débat politique documenté devient en elle-même une information. La presse économique a traité la cession Duval-Lazard et l'augmentation de capital comme un simple sujet de marché ; aucune chaîne de télévision ne semble s'en être saisie ; Bercy demeure muet ; ni Roland Lescure, ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, ni Emmanuel Macron, pourtant si prompt à invoquer l'autonomie stratégique, n'ont formulé de doctrine publique ; et, à ce stade, aucune question parlementaire récente, à l'Assemblée comme au Sénat, ne semble avoir porté sur la perte possible du contrôle français d'Eramet.

Ce silence n'est pas anodin : il constitue un signal d'alarme. Laisser se recomposer le capital d'un tel fleuron sans dire qui peut entrer, qui doit être écarté, ni jusqu'où l'État entend aller pour préserver le contrôle français revient à soustraire au débat public une décision qui engage directement notre souveraineté.

Décidément, c'est une signature !