Jeanneadebats on Nostr: Souvent, quand je parle de mon fils autiste, de son enfance, des combats qu’on a ...
Souvent, quand je parle de mon fils autiste, de son enfance, des combats qu’on a menés son père et moi (soyons honnêtes : surtout moi. Lui un peu après. Il a d’abord fallu lui faire comprendre que oui, ça valait le coup, que non, ce n’était pas « tout est foutu, crevons ensemble ». Ça a été long, pénible. Et puis quand il a pigé après quelques baffes morales , dont un « ou tu assures, ou tu te casses », il a assuré. Vraiment), on me sort le mot magique.
« Quel courage tu as dû avoir. »
Et là, ça me gave de ouf, ça me colle une angoisse, vous ne pouvez pas imaginer
Parce que ce n’était pas du courage, bordel de merde. Le courage, c’est quand tu peux choisir d’y aller ou de rester en pantoufles. Le courage, c’est quand tu as une porte de sortie. Là, il n’y avait rien. Juste avancer ou crever. Continuer ou laisser tout le monde couler, mon gamin en premier, moi juste derrière, son père, sa sœur ensuite. Ce n’était pas « être brave », c’était « si je lâche, on est tous morts ». Ce n’était pas une vertu, c’était une putain d’équation de survie.
Sur le moment, tu n’es pas héroïque. Tu n’es même pas digne. Tu es épuisée, en colère, flippée à mort, presque toujours seule, et tu fais ce qu’il y a à faire parce que personne d’autre ne va le faire à ta place. Tu ne te dis pas en te levant « aujourd’hui, je vais encore être admirable ». Tu te dis « OK, encore une foutue journée, comment on tient sans s’effondrer ? ». Le courage des mères d’enfants handicapés, c’est le courage de la bicyclette, tu tiens parce que si tu cesses de pédaler, tu te casses la gueule un peu plus bas, un peu plus dur à chaque fois.
Et puis ce mot, « courage », il arrange bien les gens. Il met un joli vernis sur un truc dégueulasse. Il permet d’admirer à distance sans regarder le fond du problème : l’institution qui te laisse pourrir avec ton gamin, les professionnels absents ou mal formés, la charge mentale galactique, le fait que si toi tu tombes, tout s’écroule. Dire « courage », c’est une façon polie de dire « démerde-toi ».
Je n’étais pas courageuse. J’étais acculée. J’étais responsable. J’étais en mode survie, avec un gosse à protéger et zéro filet. Alors non, merci pour la médaille en chocolat. Ce que j’ai dit, fait ou combattu, ce n’est pas du courage. C’est ce que tu fais quand tu n’as pas le droit de t’arrêter.
Désolée, ça remonte des profondeurs en ce moment.
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2025-12-13 08:10:24 UTCEvent JSON
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